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Maison & Objet janvier 2026 : ce qu'il fallait retenir

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On ne va pas se mentir : à chaque édition de Maison & Objet, on se demande si le salon a encore quelque chose à dire. Et puis on y retourne. Et puis on en ressort avec trois carnets pleins et une liste d’envies impossibles. Janvier 2026 n’a pas fait exception.

Du 15 au 19 janvier, à Villepinte, 2 300 marques - dont 500 nouvelles - ont déroulé leur vision du design domestique devant près de 70 000 visiteurs. Le thème de cette édition, Past Reveals Future, sonnait comme un manifeste un peu solennel. Sur place, c’était plus subtil que ça.

Harry Nuriev, designer de l’année (et c’est mérité)

Le choix de Harry Nuriev comme Designer de l’année avait de quoi surprendre ceux qui ne suivent pas la scène new-yorkaise. Fondateur de Crosby Studios, le designer russo-américain brouille les frontières entre mobilier, architecture et art contemporain depuis une dizaine d’années. Son installation à Villepinte - baptisée Transformism - donnait une seconde vie à des objets déclassés, retravaillés avec un soin d’orfèvre. Un canapé recouvert de doudounes recyclées. Une console taillée dans un comptoir de bar récupéré.

Le message est clair : le luxe n’est plus dans le neuf, il est dans la métamorphose. On adhère, même si l’exercice flirte parfois avec le manifeste arty un peu démonstratif.

Quatre tendances, mais pas celles que vous croyez

Le salon avait structuré son propos autour de quatre axes. Sur le papier, ça ressemblait à du packaging éditorial. En arpentant les allées, c’était plus convaincant.

Le néo-baroque tempéré. Dorures, stucs, exubérance décorative - sauf que cette fois, les lignes sont épurées, presque sèches. Un lustre en laiton massif signé par un atelier portugais captait la lumière sans la surcharger. Du baroque, oui, mais passé au tamis du XXIe siècle. Plus Gio Ponti que Versailles.

Le néo-folklore. Des motifs issus de traditions locales, des gestes rituels réinterprétés avec une sensibilité contemporaine. On a aimé les textiles d’une jeune marque lituanienne qui tisse des motifs baltes ancestraux sur des métiers numériques. Le résultat tient du prodige : ancestral et radical à la fois.

Les formes organiques. Moins de lignes droites, plus de courbes, de galbes, d’irrégularités assumées. Le chêne clair domine, brut ou légèrement texturé. Les assises deviennent plus basses, plus larges, plus enveloppantes. On s’y enfonce et on n’en sort plus. C’est le genre de fauteuil qu’on n’ose pas s’offrir mais qu’on n’oublie pas.

L’upcycling devenu sérieux. Au-delà de Nuriev, plusieurs éditeurs présentaient des pièces issues de matériaux de réemploi - bois de chantier, métal de récupération, textiles dormants. La différence avec les tentatives précédentes ? La finition. On ne devine plus l’origine du matériau. C’est du design, pas du bricolage militant.

Le Village des Manufactures, coup de cœur discret

Nouveauté de cette édition : le Village des Manufactures d’Excellence, niché dans l’espace Signature & Projects. Vingt entreprises labellisées Patrimoine Vivant - maîtres verriers, lissiers, marbriers - y montraient comment des techniques séculaires peuvent nourrir la création contemporaine. On en parlait déjà dans notre papier sur le rayonnement du design français : ce savoir-faire artisanal reste l’un des meilleurs arguments de la création hexagonale à l’export.

Parmi les pièces repérées, la chaise longue LANZA de SENIMO et le luminaire ALBA de Fabien Colomines. Deux objets d’une simplicité tactile désarmante. Pas de discours, pas de concept fumeux. Juste la justesse du geste.

Les couleurs qui s’installent

Côté palette, le vert sauge confirme sa domination tranquille. Le bleu nuit gagne du terrain, surtout sur les velours et les laques. Et la terracotta, qu’on donnait pour morte il y a deux ans, revient sous des formes plus mates, plus sourdes - presque éteintes. L’effet glossy se fait plus rare, remplacé par des surfaces satinées qui captent la lumière sans la renvoyer brutalement.

Sauf que les couleurs, à Maison & Objet, c’est un peu comme les défilés haute couture : ce qu’on voit sur les stands ne se retrouvera pas tel quel dans les intérieurs. Le filtre du marché est impitoyable. On parie quand même sur le bleu nuit, qui a l’élégance de ne pas se démoder en six mois.

Dehors aussi

L’outdoor continue sa mue. Cinquante exposants dédiés cette année, contre une trentaine l’an dernier. Les jardins et les balcons sont désormais traités comme des pièces à part entière - avec le même niveau d’exigence sur les matériaux, le confort et la cohérence esthétique. Si vous avez raté notre tour d’horizon de la Paris Design Week, c’est le moment de le rattraper : les deux événements se répondent de plus en plus.

Ce qu’on retient, trois semaines après

Pas de révolution. Mais un salon qui assume enfin sa maturité. Maison & Objet n’essaie plus d’être un laboratoire d’avant-garde - ce rôle, il le laisse à Alcova ou au Salone. Il se positionne comme un lieu de synthèse, où les tendances se décantent et prennent une forme commercialisable. Et c’est très bien comme ça.

Reste une question : est-ce que le thème Past Reveals Future n’était pas, au fond, une façon polie de dire que le design tourne en rond ? Peut-être. Mais quand la boucle produit des pièces comme celles de Nuriev ou de Colomines, on veut bien tourner encore un moment.

Léa

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