Aller au contenu
  1. Tendances/

Le design des années 80 fait son grand retour dans nos intérieurs

·3 mins
Sommaire

Memphis n’est pas mort

On croyait le design des années 80 enterré quelque part entre un lampadaire Sottsass et un fauteuil de Michael Graves. Couleurs criardes, formes grotesques, motifs géométriques à donner le tournis - le postmodernisme avait tout pour déplaire à l’époque du minimalisme triomphant. Et pourtant.

Depuis deux ans, ça revient. Pas en bloc, pas en pastiche. Par touches. Un miroir asymétrique ici, une table basse aux angles ronds là, des couleurs qu’on n’avait plus vues dans un salon depuis trente ans. Le design des années 80 s’infiltre dans les intérieurs contemporains, et cette fois-ci, on le prend au sérieux.

Pourquoi maintenant ?

Trois raisons, probablement.

D’abord, la lassitude du tout-blanc-tout-gris. Dix ans de scandi minimal, de murs blancs et de meubles en bois clair, ça finit par peser. On a besoin de couleur, de forme, de personnalité. Les années 80, c’est exactement ça : un refus radical de la neutralité.

Ensuite, les réseaux sociaux. Instagram et Pinterest ont remis en circulation des images de Memphis, de Sottsass, de Branzi. Une génération qui n’a pas connu les 80s les découvre avec des yeux neufs, sans le bagage culturel qui les rendait ringards. Pour eux, une étagère Carlton n’est pas un souvenir - c’est une découverte.

Et puis le marché. Les pièces originales de Memphis se vendent aujourd’hui entre 5 000 et 50 000 euros aux enchères. Marie Claire citait récemment des designers qui revendiquent ouvertement l’héritage des années 80. Quand le marché valide, les intérieurs suivent.

Ce qu’on reprend (et ce qu’on laisse)

Tout ne revient pas. Le laminé plastique façon Formica, on passe. Les motifs géométriques all-over sur les murs, on évite (sauf dans une salle de bains, à la rigueur). Le mobilier surdimensionné et volontairement inconfortable, non merci.

Ce qui revient : les couleurs. Le rose, le bleu Klein, le jaune citron, le vert menthe. Pas en total look - en accents. Un fauteuil rose dans un salon gris. Un luminaire en verre soufflé coloré sur une table en chêne. Le choc visuel fonctionne parce qu’il est dosé.

Les formes arrondies aussi. Les consoles en demi-lune, les miroirs ronds, les tables aux coins biseautés. Après des années d’angles droits et de lignes tendues, le courbe est un soulagement. C’est plus doux, plus organique, plus accueillant.

Et le textile, évidemment. Le velours, le bouclé, le tissu à motifs. Les 80s adoraient le textile d’ameublement - les canapés en velours côtelé, les coussins en soie brochée, les rideaux théâtraux. On y revient, avec un peu plus de retenue.

Les pièces à chiner

Si le sujet vous intéresse, quelques repères. Les originaux Memphis sont hors de prix, mais les éditions récentes de Memphis Milano (la marque est toujours active) sont plus accessibles - entre 500 et 3 000 euros pour du petit mobilier.

Pour du vintage authentique : les brocantes de Bruxelles et d’Anvers regorgent de mobilier italien des 80s à des prix encore raisonnables. Saint-Ouen aussi, mais il faut fouiller et négocier.

Et pour du neuf inspiré 80s : India Mahdavi, Pierre Yovanovitch, ou le studio français dont on parlera bientôt dans notre dossier sur le French Design. Des designers qui digèrent l’héritage postmoderne sans le singer.

L’essentiel

Le retour des années 80 n’est pas une mode. C’est une correction. Après une décennie d’intérieurs trop sages, le design retrouve le droit à l’excès mesuré, à la couleur assumée, à la forme qui ne s’excuse pas d’exister. On ne dit pas qu’il faut transformer son salon en showroom Memphis. On dit que deux ou trois pièces bien choisies peuvent secouer un intérieur endormi.

Et franchement, ça fait du bien.

Léa

Articles connexes