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Collectible Brussels : quand le design contemporain s'expose comme de l'art

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Le Vanderborght, encore

On pousse la porte du Vanderborght un mardi matin de mai, café en main, pas tout à fait réveillée. Et puis on tombe sur une console en aluminium brossé signée Destroyers/Builders qui ressemble à une sculpture de Donald Judd - sauf qu’elle coûte 8 000 euros et qu’on pourrait y poser ses clés. Le ton est donné.

Collectible, c’est cette foire bruxelloise qui s’entête depuis 2018 à traiter le design comme on traiterait l’art contemporain. Pas de stands aseptisés, pas de catalogues sur papier glacé. Des galeries, des commissaires, des pièces qu’on regarde avant de se demander si elles sont fonctionnelles. La question de l’usage vient après. Parfois elle ne vient pas du tout.

Ce qu’on a vu (et aimé)

L’édition 2022 avait quelque chose de plus tendu que les précédentes. Moins de pièces spectaculaires, plus de recherche sur les matériaux. Chez Maniera, la galerie anversoise, deux architectes - Christian Kieckens et Marie-José Van Hee - exposaient du mobilier pensé comme des prolongements de leur travail architectural. Des tables austères, presque monastiques. On aime.

Plus loin, la galerie Objective présentait les assises de Fien Muller et Hannes Van Severen. Du métal plié, des lignes sèches, une palette réduite au noir et à l’acier brut. Le genre de chaise qu’on n’ose pas s’offrir mais qu’on n’oublie pas.

Et puis il y avait le textile. Beaucoup de textile, d’ailleurs - on y reviendra dans un prochain papier. Des tapisseries murales chez Spazio Nobile, des tapis noués main chez Music, un retour aux fibres naturelles qui n’avait rien de cosmétique. Le lin, la laine, le chanvre - traités avec la même rigueur qu’un travail de fonderie.

Le problème des prix

Soyons honnête : Collectible s’adresse à un public très ciblé. Une lampe en grès chamotté à 3 500 euros, une étagère en résine teintée à 12 000 euros - on n’est pas chez Habitat. La foire assume son positionnement et c’est respectable, mais on se demande parfois si cette bulle ne finit pas par tourner en circuit fermé. Les mêmes collectionneurs, les mêmes galeries, les mêmes noms qui circulent d’une édition à l’autre.

Reste que le niveau de fabrication est souvent stupéfiant. Quand on voit de près le travail de laque tendue sur un cabinet de Pieter Maes, ou la patine d’un bronze coulé chez Ateliers Courbet, on comprend pourquoi ces prix existent. Le savoir-faire est là, tangible, presque intimidant.

Bruxelles comme terrain de jeu

Ce qui distingue Collectible de Design Miami ou du PAD, c’est Bruxelles elle-même. La ville a cette nonchalance qui convient bien au design de recherche. Pas de pression mondaine à la parisienne, pas de marché spéculatif à l’américaine. On visite, on discute avec les galeristes (qui sont accessibles, ce qui change), on pousse jusqu’à la rue Haute pour fouiner chez les antiquaires entre deux visites.

Le quartier du Sablon est à dix minutes à pied. Les ateliers de Saint-Gilles aussi. On a fini notre journée chez un céramiste de la rue du Midi qui travaille le grès au four à bois et qui n’avait aucune idée que Collectible existait. Deux mondes parallèles, à 500 mètres l’un de l’autre.

Et après ?

Collectible grandit, et c’est bien. Mais la foire gagnerait à s’ouvrir davantage - à de jeunes studios qui n’ont pas encore de galerie, à des pratiques hybrides entre artisanat et design numérique, à des créateurs qui travaillent le textile comme une matière vivante plutôt que comme un complément décoratif.

La prochaine édition est prévue en mai 2023. On y retournera, café en main.

Léa